21.03.2008

Sacrifices en vue pour la Grande Muette

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Aujourd’hui, Vendredi 21 Mars 2008, était lancé en présence du Président de la République, le dernier né des chantiers DCNS de Cherbourg, le Terrible
4ème de sa série et ultime sous-marin nucléaire lanceur d’Engins de nouvelle génération (SNLE-NG) de la classe le Triomphant, ce batiment se démarque tout de même de ses trois ainés tant son design et ses équipements ont été revus. Le Terrible constitue presque à lui seul une nouvelle génération de sous-marins.
Il est en effet le tout premier sous-marin conçu et dessiné entièrement numériquement, et bénéficie d’un tout nouveau système de combat, le SYCOBS, qui équipera également les futurs sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) de type Barracuda. Il sera surtout le premier SNLE-NG à recevoir le missile balistique M-51, dont la portée, la précision et la discrétion sont considérablement accrues par rapport au M-45, équipant actuellement ses prédécesseurs (lesquels devront être, par ailleurs, progressivement refondus pour recevoir ce nouveau vecteur).

En marge de ce lancement, le Président Sarkozy a également prononcé un discours sur la politique de défense de la France, et plus particulièrement sur l’évolution à donner à la Force de dissuasion.
Ainsi a-t-il annoncé la réduction d’un tiers de la composante aérienne de cette force, actuellement composé de 60 Mirages 2000-N, et qui seront donc remplacés, non pas par 60 Rafale F3 comme prévu initialement, mais par 40 de ces derniers ; armés du nouveau missile nucléaire ASMP-A (Air Sol Moyenne Portée-Améliorée). D’autre part, le Président a fait savoir qu’au terme de cette réduction, le nombre de têtes nucléaires en possession de la France serait sensiblement infèrieur à 300, soit moitié moins de ce dont disposait le pays  vers la fin de la guerre froide.
Et ce chiffre n’est pas sans poser de questions. Dès lors que l’on sait qu’un missile balistique (que se soit le M-45 ou le M-51) peut emporter jusqu’à 6 têtes nucléaires, qu’un SNLE-NG peut lui même emporter 16 de ces missiles, alors on constate que pour la seule composante océanique, le nombre de têtes necessaires à la pleine capacité est de 384 !
Que faut-il en conclure ? Qu’en dépit du coup très élevé de ces équipements, le pouvoir accepte que ceux-ci ne soient pas optimisés ?
Alors certes, convenons-en, il est hautement improbable qu’un jour la France fasse usage de l’intégralité de sa force nucléaire. Mais si c’est ce résonnement que tient le Chef de l’Etat, alors autant se contenter de 2 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et d’un seul escadron de chasseurs-bombardiers stratégiques. Autrement, que la Président s’abstienne de parler de « principe de la stricte suffisance », car c’est à cela qu’elle correspond.
Nicolas Sarkozy justifie principalement ces réductions, qui par ailleurs toucheront l’ensemble des armées et pas seulement la force stratégique, pour des raisons budgétaires. "Pour atteindre le modèle d'armée 2015, il aurait fallu selon les perspectives financières de la Défense, augmenter de six milliards d'euros par an son budget d'équipement, soit une hausse de 40%. Qui peut me dire que cet objectif est seulement crédible ?", prétexte le Président de la République.
 Eh bien n’en déplaise au chef de l’Etat, cet objectif est, bien que difficil, tout à fait réalisable.

Tout d’abord, la réduction des effectifs, qui selon une note interne au ministère de la Défense pointe près de 50 000 emplois, civils et militaires, aptes à être supprimés (départ en retraite, non renouvellement des contrats et transfert vers le privée), dégagerait une marge financière non négligeable. Dans le même ordre d’idée, la réorganisation des bases et le regroupement des ces dernières au sein de grandes places interarmées est également un gage d’économies réelles. Et ce, bien que cette dernière réforme ne soit pas évidente en termes stratégiques et tactiques, quant on sait la plus grande vulnérabilité aux attaques extèrieurs, auxquelles s’expose un système de défense recentré.
De plus, c’est faire preuve d’une bien mauvaise volonté que d’avoir un budget de la Défense de l’ordre de 2% du PIB, alors même que celui des britanniques, dont les capacités militaires sont semblables aux notres, demeure de l’ordre de 2,5% du PIB. Ce qui, en valeur, correspond justement à environ 7 milliards d’euros supplémentaire. Et c’est simplement faire preuve de mauvaise foi, que de déclarer qu’en maintenant ce budget à son niveau actuel en euros, il « ne baissera pas », alors que le simple phénomène de l’inflation le fait mécaniquement diminuer.
Pour finir, refuser de dégager ces 6 milliards d’euros annuels supplémentaires pour l’équipement, c’est oublier qu’ils auraient été intégralement réinjectés dans l’économie nationale. Dans la mesure où les industriels de la défense produisent, pour d’évidentes raisons d’indépendance et de sécurité, sur le territoire, ces 6 milliards d’euros auraient d’une manière ou d’une autre rebénéficier à l’Etat, via la TVA et via les emplois créés.