28.03.2008

Crise à Mayotte

1406492166.jpg Depuis quelques jours maintenant, la France ou plus exactement une partie d’elle, Mayotte, est victime de graves troubles, inacceptables au sein de la République. Graves par leur ampleur, mais encore plus pour leur raison.
En effet, ceux-ci ont été causés par l’arrivée sur l’île de l’ex-président d’Anjouan, le colonel Mohamed Bacar.
 Pour comprendre les remous provoqués par sa présence, un petit rappel historique s’impose.

Anjouan, l’une des trois îles de l’Union des Comores avec Mohélie et la Grande Comore, a été victime en 2001 d’un coup d’Etat opéré par ce dit colonel Bacar. Jusque là, rien d’anormal, pour un archipel qui en a connu plus de trente depuis son indépendance en 1975 ! Et ce d’autant plus, qu’il fut légitimé en 2002 à la suite d’élections reconnus par l’Etat fédéral. Tout dégénère en 2007, lorsqu’au terme de son mandat, le colonel refuse de rendre les pouvoirs qui lui avaient été confiés, et prend l’initiative d’organiser de nouvelles élections. Boycottées par l’opposition locale et entachées de nombreuses fraudes électorales, celles-ci ne sont reconnus ni par la fédération comorienne ni par l’Union Africaine (UA). S’autoproclamant alors une nouvelle fois Président d’Anjouan, le colonel Bacar s’adonne à des actes sécessionnistes, en repoussant par les armes de sa force de gendarmerie, l’armée des Comores venue réinstaller le président par intérim, Ahmed Abdallah Sambi. En dépit d’âpres négociations menées conjointement par l’UA, l’Afrique du Sud et l’Union des Comores, la situation à Anjouan demeure bloquée. Une opération militaire internationale, comprenant des soldats tanzaniens et soudanais, ainsi qu’un appui logistique de la Lybie, est finalement décidée. Cette opération portera le nom peu original et presque sarcastique de « Démocratie aux Comores ».
Débutée le 25 Mars 2008, cette dernière fut un succès, et contraignît le colonel Bacar à fuir Anjouan pour l’île française de Moyotte, située à quelques kilomètres de là.

Mais pourquoi l’arrivée de cet individu provoque-t-elle de tels émeutes à Mayotte ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que cette île, géographiquement située dans l’archipel des Comores, et définitivement rattachée à la France à la suite de deux référendum en 1973 et 1975, n'a pas été reconnue comme française par l’ex République fédérale islamique des Comores ni par l’Union Africaines, qui la considèrent toujours comme « un territoire occupé par une puissance étrangère ». Cette situation, véritable casus belli entre la France et l’Union des Comores, n’est pas de nature à améliorer la coopération entre les deux Etats, dans la suite judiciaire à donner à la présence du colonel Bacar à Mayotte.
Ce dernier a ainsi, dès son arrivée sur l’île, été arrété par la gendarmerie française pour « entrée clandestine sur le territoire » et « détention d’armes ». Malgré cette mise en cause judiciaire, Mohamed Bacar a immédiatement demandé asile à la France ;  laquelle lui a accordée, rendant dès lors son extradition vers l’Union des Comores très difficile.

Apparemment, il semble que se soit cette décision qui ait provoqué la colère d’une partie des habitants de Mayotte, solidaires de leurs voisins anjouanais. Ou plutôt devrions nous dire, de leurs « frères » anjouanais. Car voilà, Moyotte compte dans sa population plus de 50% de clandestins, originaires pour la plupart de l’île d’Anjouan. Attirés sur cette parcelle de France par l’espoir, et certainement l’illusion d’une vie meilleure, leur afflux n’a jamais pu être controlé, et l’on constate aujourd’hui la difficulté d’exercer l’autorité républicaine.

La route de l’aéroport à du être fermée sur ordre du préfet, et l’on déplore déjà l’agression de français métropolitains ainsi que de mahorais, dont certains ont du être escortés par la gendarmerie pour éviter les heurts. Ce genre de scènes ne sont pas sans rappeler l’évacuation de ressortissants étrangers comme il y en a souvent en Afrique, que se soit en 2003 en Côte d’Ivoire pour les plus graves, ou au Tchad dernièrement, pour les plus récentes.
Or, un français de métropole à Mayotte n’est pas, en théorie, un ressortissant étranger. Arriver à de tels extrèmes, où la population légalement installée se voit agressée et bloquée par des manifestants issus de groupes clandestin majoritaires, constitue une situation particulièrement alarmante ! Moyotte faisant ainsi face à un double péril : intèrieur et extèrieur.

Par soucis d’accalmie, le colonel Bacar a été transféré à la Réunion où il devrait attendre en détention, les suites judiciaires de son traitement. Quant à Mayotte, le retour au calme devrait être permis par l’arrivée de renforts en provenance de la Réunion.

21.03.2008

Sacrifices en vue pour la Grande Muette

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Aujourd’hui, Vendredi 21 Mars 2008, était lancé en présence du Président de la République, le dernier né des chantiers DCNS de Cherbourg, le Terrible
4ème de sa série et ultime sous-marin nucléaire lanceur d’Engins de nouvelle génération (SNLE-NG) de la classe le Triomphant, ce batiment se démarque tout de même de ses trois ainés tant son design et ses équipements ont été revus. Le Terrible constitue presque à lui seul une nouvelle génération de sous-marins.
Il est en effet le tout premier sous-marin conçu et dessiné entièrement numériquement, et bénéficie d’un tout nouveau système de combat, le SYCOBS, qui équipera également les futurs sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) de type Barracuda. Il sera surtout le premier SNLE-NG à recevoir le missile balistique M-51, dont la portée, la précision et la discrétion sont considérablement accrues par rapport au M-45, équipant actuellement ses prédécesseurs (lesquels devront être, par ailleurs, progressivement refondus pour recevoir ce nouveau vecteur).

En marge de ce lancement, le Président Sarkozy a également prononcé un discours sur la politique de défense de la France, et plus particulièrement sur l’évolution à donner à la Force de dissuasion.
Ainsi a-t-il annoncé la réduction d’un tiers de la composante aérienne de cette force, actuellement composé de 60 Mirages 2000-N, et qui seront donc remplacés, non pas par 60 Rafale F3 comme prévu initialement, mais par 40 de ces derniers ; armés du nouveau missile nucléaire ASMP-A (Air Sol Moyenne Portée-Améliorée). D’autre part, le Président a fait savoir qu’au terme de cette réduction, le nombre de têtes nucléaires en possession de la France serait sensiblement infèrieur à 300, soit moitié moins de ce dont disposait le pays  vers la fin de la guerre froide.
Et ce chiffre n’est pas sans poser de questions. Dès lors que l’on sait qu’un missile balistique (que se soit le M-45 ou le M-51) peut emporter jusqu’à 6 têtes nucléaires, qu’un SNLE-NG peut lui même emporter 16 de ces missiles, alors on constate que pour la seule composante océanique, le nombre de têtes necessaires à la pleine capacité est de 384 !
Que faut-il en conclure ? Qu’en dépit du coup très élevé de ces équipements, le pouvoir accepte que ceux-ci ne soient pas optimisés ?
Alors certes, convenons-en, il est hautement improbable qu’un jour la France fasse usage de l’intégralité de sa force nucléaire. Mais si c’est ce résonnement que tient le Chef de l’Etat, alors autant se contenter de 2 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et d’un seul escadron de chasseurs-bombardiers stratégiques. Autrement, que la Président s’abstienne de parler de « principe de la stricte suffisance », car c’est à cela qu’elle correspond.
Nicolas Sarkozy justifie principalement ces réductions, qui par ailleurs toucheront l’ensemble des armées et pas seulement la force stratégique, pour des raisons budgétaires. "Pour atteindre le modèle d'armée 2015, il aurait fallu selon les perspectives financières de la Défense, augmenter de six milliards d'euros par an son budget d'équipement, soit une hausse de 40%. Qui peut me dire que cet objectif est seulement crédible ?", prétexte le Président de la République.
 Eh bien n’en déplaise au chef de l’Etat, cet objectif est, bien que difficil, tout à fait réalisable.

Tout d’abord, la réduction des effectifs, qui selon une note interne au ministère de la Défense pointe près de 50 000 emplois, civils et militaires, aptes à être supprimés (départ en retraite, non renouvellement des contrats et transfert vers le privée), dégagerait une marge financière non négligeable. Dans le même ordre d’idée, la réorganisation des bases et le regroupement des ces dernières au sein de grandes places interarmées est également un gage d’économies réelles. Et ce, bien que cette dernière réforme ne soit pas évidente en termes stratégiques et tactiques, quant on sait la plus grande vulnérabilité aux attaques extèrieurs, auxquelles s’expose un système de défense recentré.
De plus, c’est faire preuve d’une bien mauvaise volonté que d’avoir un budget de la Défense de l’ordre de 2% du PIB, alors même que celui des britanniques, dont les capacités militaires sont semblables aux notres, demeure de l’ordre de 2,5% du PIB. Ce qui, en valeur, correspond justement à environ 7 milliards d’euros supplémentaire. Et c’est simplement faire preuve de mauvaise foi, que de déclarer qu’en maintenant ce budget à son niveau actuel en euros, il « ne baissera pas », alors que le simple phénomène de l’inflation le fait mécaniquement diminuer.
Pour finir, refuser de dégager ces 6 milliards d’euros annuels supplémentaires pour l’équipement, c’est oublier qu’ils auraient été intégralement réinjectés dans l’économie nationale. Dans la mesure où les industriels de la défense produisent, pour d’évidentes raisons d’indépendance et de sécurité, sur le territoire, ces 6 milliards d’euros auraient d’une manière ou d’une autre rebénéficier à l’Etat, via la TVA et via les emplois créés.
 

19.03.2008

Au son d'un remaniement

1155497556.jpgAu lendemain de la défaite électorale de la droite aux élections municipales, le Président Sarkozy ne pouvait faire autrement que de symboliquement opérer un changement au sein de l’équipe gouvernementale.
C’est chose faite depuis mardi soir. Et « symboliquement », le mot est encore fort !
En effet, non content de faire jouer à ses secrétaires d’Etat le jeu palpitant de la chaise musicale (Wauquiez, Chatel, Marleix, Besson, Bockel), le Président fait également entrer six nouvelles personalités au gouvernement, toutes secrétaires d’Etat (Blanc, Falco, Idrac, Jégo, joyandet, Morano).
« Je ferais un gouvernement resséré de 15 ministres » nous disait, il y a peu, le Président de la République. Avec ce remaniement, premier ministre inclus, ce chiffre passe à 38 ! Mais le chef de l’Etat n’a pas menti, Nicolas Sarkozy joue simplement sur les mots. Il y a effectivement une petite quinzaine de ministres… en titre! Et même s’il est protocolairement admis d’appeler un secrétaire d’Etat : « Monsieur le Ministre », cette distinction demeure strictement orale.
Si le Président de la République avait voulu symboliquement (de manière à ce que ce mot, cette fois,  ait un sens) procéder à quelques modifications plus visibles pour l’opinion ; il lui suffisait simplement de remplacer la ministre de L’Economie, plutôt que de cerner, d’avantage encore, cette malheureuse Christine Lagarde de deux nouveaux secrétaires d’Etat (Wauquiez et Idrac). Pas des moindres, qui plus est!
 
Et comment interpréter l’arrivée de ces nouveaux entrants, dont certains, à l’image de l’éminente sarkozyste Nadine Morano, se sont fait sévèrement battre lors des élections de Dimanche dernier ?

Alors on s’interroge…

D’un coté, Nicolas Sarkozy déclarait, (après avoir annoncé un mois auparavant le contraire) qu’il ne fallait pas tirer de conclusions nationales à des élections locales. Soit ! A ce titre il ne trompe personne, en faisant entrer dans l’équipe Fillon une perdante aux municipales.
D’un autre coté, ce même Nicolas Sarkozy déclarait, pas plus tard que lundi dernier, qu’il tiendrait compte du vote des français dans la perspective d'un prochain remaniement ministèriel. Et là, curieusement, l’entrée de Nadine Morano et bien d’autres au gouvernement, résonne un peu comme un bourdon fêlé…